Sur les traces de Douglas Kennedy "Cet instant-là"

Vendredi 27 mai, 20h. 

J'arrive à l'embarquement et on me dit "un seul bagage à main", il faut mettre votre sac à dos dans votre valise.

– Mais c'est comme un sac à main : il y a mon porte-monnaie, un pull, un livre, un pic-nique... Ça ne compte pas !

– C'est non négociable. C'est la même chose pour tout le monde. L'avion est déjà archi-plein.

Donc je dois le mettre dans ma valise, que j'ai déjà eu un mal de chien à fermer... Parfait.

Tétris 2 Le Retour.

Après avoir passé mon master en lave-vaisselle (voir billet précédent), j'expérimente le "bagage à main" soit une toute petite valise de 50x40x30 (pour 4 jours, y compris ordi, baskets, trousse de toilette, c'est fort non ?)

Me voilà à côté de la file d'attente, à genoux parterre,  en train de tenter désespérement plusieurs combinaisons, tout en sachant que je me berce d'illusions. 

Puis j'abandonne. Je paye la taxe et du coup me retrouve bonne dernière pour entrer dans l'avion.

A côté de moi, un monsieur d'environ 50 ans, l'air décontracté, reste en retrait. On voit tout de suite qu'il a l'habitude de prendre l'avion.

– Vous prenez souvent ce vol ?

– Toutes les semaines. Les gens ont toujours la même attitude. Toujours. Ils entrent dans l'avion et regardent à gauche à droite, restent au milieu, traînent. Ca ne sert à rien d'être pressé.

 

Il me raconte qu'il est Arménien, vit à Berlin dans le "Stadtteil" Reinickendorf. Il travaille à Genève dans une entreprise canadienne, a un appartement en France et rentre tous les vendredi auprès de sa femme et ses enfants, pour repartir chaque dimanche soir.

Il me demande le motif de mon voyage et je lui dis que j'écris un livre qui se passe à Berlin. 

Son visage s'illumine et il me parle tout de suite de Douglas Kennedy "Cet instant-là", qu'il vient de lire. On me l'avait justement conseillé parce que le héro découvre Berlin. Je l'ai aussi dévoré quelques semaines auparavant. C'est le livre que j'avais en tête en préparant mon voyage.

 

L'avion est bondé mais il reste une place dans ma rangée. Le type demande a être déplacé. Nous voilà côte à côte pour parler de Berlin. Il me raconte qu'il a vécu exactement la même situation que le héro du livre. Il allait régulièrement à Berlin-Est voir des amis.

– Tout était gris. Les vitrines vieillottes et vides. Comme si le temps s'était arrêté. Comme si nous étions le lendemain de 1945. 

 

Et un jour de 1984, exaspéré par les questions de la STASI "Ramenez-vous des armes de Berlin-Est ? Cachez-vous de la marchandise ?, ... ".

Il répond :

– Evidemment, ne voyez-vous pas que je cache des tanks et des mitraillettes dans mon short ?

 

Cela lui a valu, comme dans le livre, des heures à être enfermé dans un placard muni d'une petite lucarne, sans recevoir aucune information.

 

En arrivant à Berlin, il me propose de me déposer à Friedrichshain. J'hésite. Il m'inspire confiance, il m'a donné sa carte de visite. Mais voilà... Il est 23h et je ne suis qu'une faible femme. (...Et je n'ai pas mon spray au poivre ! Habituellement, je le trimballe partout, mais n'avais pas le droit de le prendre dans l'avion. Procuré ici si jamais).

Je décline son offre en le remerciant pour les discussions très intéressantes et nos chemins se séparent.

 

Et me voilà à Berlin.

 

 

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Commentaires : 2
  • #1

    Noubar (vendredi, 06 juin 2014 12:12)

    Merci pour la 50! Hier c'était mon anniversiare, 54 ans sont déjà passés! Au plaisir de te/vous revoir. PS: cet-instant-là de KD m'a bien saisi...Bien cordialement. Noubar (noubar@web.de)

  • #2

    Isabelle Aeschlimann (dimanche, 15 juin 2014 23:18)

    Cher Noubar, quel plaisir de vous retrouver ici ! Encore merci pour votre compagnie lors de ce vol agité. Cela m'a permis de ne pas trop paniquer en imaginant un crash et une mort certaine.... ;-) Au plaisir.