La jolie Julie*, trentenaire française vivant à Berlin

Vendredi 23 mai. Arrivée à Berlin Est.

J'arrive à Berlin à 23h30 dans le quartier de Friedrichshain. Le taxi me dépose au début de la rue, devant une entrée d'usine. Il y a de la musique, du monde partout. J'apprendrai plus tard que c'est en fait une des plus grandes anciennes industries de Berlin, un entrepôt de réparation de trains, devenu un des plus grands groupes de clubs de la ville. Plusieurs clubs et bars de toutes sortes se partagent les locaux abandonnés. Le style général est alternatif et surtout pas chic. La plupart des bars ont un espace open air très agréable.

Friedrichsain est un quartier de l'Est avec une vie nocturne très riche qui déborde dans les rues. Même si la réunification a eu lieu 25 ans auparavant, Berlin Est est encore très différent de Berlin Ouest.

 

Je me rends à la Simon-Dach-Strasse chez ma colocataire pour 4 jours, trouvée grâce à AirBnb. Julie* m'accueille très chaleureusement malgré l'heure tardive. Elle est française, travaille dans le centre administratif de Swiss dans le département client, pour les Miles. Du coup elle a un avis très tranché sur les Suisses et elle ne se gêne pas de le partager.

"Les Suisses ne sont pas des voyageurs, ils ont des Miles parce qu'ils les gagnent en achetant des produits. Et non parce qu'ils voyagent. Du coup ils sont nuls pour les utiliser, ne savent pas réserver un billet d'avion sur internet. Les riches Suisse allemands sont les pires."

Elle me montre ma chambre, elle est spacieuse, il y a un balcon qui donne directement sur la rue animée. Heureusement les fenêtres sont bien isolées.

Je jette un oeil à sa bibliothèque. Julie ne lit pas de romans. Elle possède des dizaines de guide du routard, de Lonely Planet. Grâce à son emploi chez Swiss, elle a accès aux billets d'avion à des prix dérisoires et elle en profite à fond (Et elle a bien raison !). Elle visite le monde. Elle a des amis partout, dit-elle.

Mais peu à Berlin. Elle dit qu'au contraire de Paris, les Berlinois ne se retrouvent pas le soir après le travail pour entreprendre quelque chose ensemble.

Je lui demande, surprise, 

"– Mais, tu veux dire tous les soirs ?"

– Et bien oui, que veux-tu faire d'autre chez toi, à part regarder la télé ? Autant se retrouver entre amis et aller voir une expo, aller au cinéma, se retrouver dans un café. Que veux-tu faire chez toi, seule ??! A Paris, on sort !"

Nous sommes si différentes. Elle attend que je lui réponde, mais comment lui expliquer qu'être seul avec soi-même peut être un besoin, qu'il y a des tas de choses à faire, seul. Lire un bon roman, ou pratiquer un art comme de la musique ou de la peinture ou simplement, apprécier d'être chez soi. J'essaie mais n'insiste pas. Je vois bien que nous évoluons dans deux mondes différents.

 

* nom d'emprunt

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